Alors que la 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola continue de progresser en Ituri, une autre question prend de l’ampleur dans le débat public : celle de l’utilisation des ressources mobilisées pour la riposte.
Depuis plusieurs jours, les manifestations des prestataires de santé, des équipes d’enterrements dignes et sécurisés, des hygiénistes et d’autres agents de première ligne se multiplient à Bunia et dans plusieurs zones de santé. Tous dénoncent principalement les retards de paiement de leurs primes et des conditions de travail qu’ils jugent précaires.
Dans le même temps, la population observe le déploiement de nombreux véhicules utilisés par la coordination de la riposte, notamment des véhicules tout-terrain affectés aux missions de supervision, de coordination et d’intervention.
À eux seuls, ces véhicules ne constituent évidemment pas une irrégularité. Une riposte à Ebola exige une importante logistique. Les équipes doivent intervenir dans des zones parfois difficiles d’accès, parcourir de longues distances, transporter du matériel médical, assurer des évacuations et travailler dans un contexte marqué par l’insécurité.
La véritable interrogation porte ailleurs : la répartition des ressources est-elle équilibrée entre les besoins opérationnels et ceux des agents de terrain ?
Une succession de signaux d’alerte
Depuis le début de l’épidémie, plusieurs éléments alimentent ce débat.
Des équipes de la riposte ont adressé un mémorandum au gouverneur militaire pour réclamer le paiement de leurs prestations.
Des manifestations ont été organisées à l’Hôpital général de Bunia, à Rwampara et au Centre de traitement Ebola de Bunia.
Le Cadre de concertation de la société civile pour les ressources naturelles (CdC/RN) a, de son côté, appelé à davantage de transparence dans la gestion financière de la riposte, évoquant notamment les risques de corruption, les retards de paiement et l’absence de mécanisme public de redevabilité.
La coordination provinciale de la société civile Forces vives est allée plus loin en demandant la restructuration de l’équipe de coordination de la riposte.
Ces différentes prises de position, émanant d’acteurs distincts, traduisent un malaise qui dépasse désormais les seules revendications salariales.
Une question de perception
Sur le terrain, certains agents expriment un sentiment de frustration lorsqu’ils constatent les difficultés auxquelles ils font face, alors que les moyens logistiques déployés apparaissent importants.
Cette perception, qu’elle soit fondée ou non, peut avoir des conséquences sur la confiance entre les communautés, les intervenants et les autorités sanitaires.
Pourtant, dans une riposte contre Ebola, la confiance constitue un élément aussi important que les médicaments, les laboratoires ou les équipements de protection.
L’expérience des précédentes épidémies dans l’Est de la RDC a montré que la méfiance de la population peut favoriser les refus de soins, les fuites de patients, les attaques contre les équipes sanitaires et la circulation de rumeurs sur un supposé « Ebola Business ».
La nécessité d’une plus grande transparence
Le Gouvernement congolais, avec l’appui de plusieurs partenaires internationaux, a annoncé la mobilisation de ressources importantes pour financer la riposte.
Ces fonds couvrent notamment la surveillance épidémiologique, les laboratoires, les traitements, les équipements de protection, la communication des risques, la vaccination, la logistique et le fonctionnement des équipes.
Toutefois, les détails de leur exécution budgétaire restent peu accessibles au grand public.
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Dans ce contexte, plusieurs observateurs estiment que la publication régulière des dépenses engagées notamment celles consacrées à la logistique, aux primes, aux intrants médicaux et aux activités communautaires contribuerait à renforcer la confiance et à réduire les spéculations.
La lutte contre Ebola ne peut réussir que si les agents de terrain disposent des moyens nécessaires pour accomplir leur mission, si les communautés adhèrent aux mesures sanitaires et si les autorités démontrent une gestion transparente des ressources.
Au-delà des débats sur les véhicules, les primes ou les équipements, l’enjeu reste le même : garantir une riposte efficace, crédible et équitable.
Dans un contexte où l’Ituri demeure l’épicentre de l’épidémie, toute interrogation sur l’utilisation des ressources mérite des réponses documentées. À l’inverse, toute accusation devrait également être étayée par des éléments vérifiables afin de préserver la crédibilité du débat public.
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