Douze mois ont passé. Cinquante-deux semaines se sont écoulées. Pourtant, à Komanda, dans le territoire d’Irumu, le temps n’a pas effacé les cicatrices laissées par l’une des attaques les plus meurtrières qu’ait connues la région.
Dans la nuit du samedi 26 au dimanche 27 juillet 2025, des combattants des ADF ont attaqué ce carrefour alors que des fidèles participaient à une croisade eucharistique dans une salle polyvalente. Selon la MONUSCO, plus de 43 civils ont été tués, dont 19 femmes, 15 hommes et 9 enfants.
Si aujourd’hui les activités ont repris à Komanda, le souvenir de cette nuit reste profondément ancré dans les esprits.
« Pourquoi les ADF sont-ils toujours présents ? »
Debout devant la tombe des victimes, John Muhindo Kihimba, coordonnateur de l’ONG DH COARDHO en territoire d’Irumu, ne cache pas son émotion.
Pour lui, une année après le drame, de nombreuses questions demeurent sans réponse.
« Est-ce que les autorités savaient que des civils étaient massacrés ici ? Pourquoi les ADF sont-ils toujours présents dans cette région ? », s’interroge-t-il.
Il regrette également que cette partie du territoire continue d’abriter plusieurs groupes armés locaux.
Son appel aux autorités est sans équivoque : neutraliser les groupes armés qui continuent de menacer les populations.
« L’ennemi est faible. Si nos autorités s’impliquent vraiment, l’ennemi sera neutralisé », affirme-t-il.
À la population, il demande de rester vigilante, de collaborer avec les services de sécurité et de se désolidariser des ennemis de la paix.
Une paroisse toujours marquée
Le drame a particulièrement frappé la communauté catholique de Komanda.
Le bilan dressé par l’Église fait état de 32 fidèles tués parmi les participants à la croisade eucharistique : 30 sont morts sur place et deux autres ont succombé à leurs blessures à l’hôpital. Seize personnes avaient également été blessées et plusieurs autres portées disparues.
Mais, un an plus tard, une autre douleur demeure : celle des enfants toujours retenus en captivité. « Trente-huit enfants sont encore là »
Curé de la paroisse Bienheureuse Anuarite de Komanda, l’abbé Aimé Lokana Dhego reconnaît que les attentes des familles restent largement insatisfaites.
« Les souvenirs restent douloureux. Nous n’avons pas évolué par rapport à nos attentes », confie-t-il exclusivement à buniaactualite.cd qui l’a rencontré à Komanda.
Le prêtre rappelle qu’au moment de l’attaque, 43 enfants avaient été enlevés.
« Seulement cinq enfants ont réintégré leurs familles. Trente-huit restent encore là », déplore-t-il.
Malgré cette longue attente, il refuse de céder au désespoir. « Nous ne cessons de prier pour ces enfants. C’est un sentiment d’inquiétude, mais aussi d’espoir. Si certains sont revenus, les parents croient que grâce à nos prières et aux efforts de nos autorités, les autres pourront rentrer. Voilà l’espoir qui nous anime. Il n’y a pas que la désolation. »
Un lieu devenu symbole de mémoire
La salle polyvalente où de nombreux fidèles ont perdu la vie reste fermée. Pour la paroisse, cet endroit ne peut plus être considéré comme une simple salle.
Elle pourrait être reconstruite en sanctuaire afin de permettre aux familles et aux fidèles de venir s’y recueillir.
« Nous considérons cet endroit comme le lieu où les martyrs ont péri », explique l’abbé Aimé Lokana Dhego.
Un appel renouvelé à l’État
Face à cette situation, le curé de la paroisse lance un nouvel appel aux autorités congolaises.
Il demande une implication plus forte de l’État, notamment à travers les forces armées, afin que les personnes encore retenues dans la brousse puissent retrouver leurs familles.
Aux proches des victimes et des personnes enlevées, son message reste empreint de foi.
« Continuons de prier, restons forts, soudés dans la foi. La foi ne déçoit pas. Un jour, nous verrons la lumière au bout du chemin. »
Entre mémoire et espérance
Un an après le massacre de Komanda, les tombes rappellent chaque jour la violence de cette nuit qui a bouleversé toute une communauté.
Si la vie a repris son cours dans la cité, les familles des victimes continuent de vivre avec l’absence des leurs. Et pour les parents des enfants toujours en captivité, chaque jour qui passe nourrit à la fois la douleur de l’attente et l’espoir de les voir revenir un jour.
Verite Johnson à Komanda

