Le gouverneur militaire de l’Ituri, le général-major Gaby Kasongo Mulumba Batoka, a quitté Bunia lundi 26 octobre 2026 pour Kinshasa, où il est attendu pour une mission officielle.
Ce déplacement, dont la durée n’a pas été précisée, relance la question de l’intérim à la tête de cette province sous état de siège, en raison de l’absence prolongée de son vice-gouverneur policier.
Le chef de l’exécutif provincial a embarqué à bord d’un avion de la compagnie Mont Gabaon à destination de la capitale congolaise.
Selon les informations recueillies auprès de sources proches de la cellule de communication du gouvernorat, son directeur de cabinet, Me Jean-Bedel Djumaini, a indiqué que le déplacement répondait à une invitation de la hiérarchie.
La même source précise que les affaires courantes seront expédiées par le directeur de cabinet durant l’absence du gouverneur.
Mais cette disposition soulève une interrogation institutionnelle. Qui exerce effectivement les prérogatives du gouverneur militaire pendant son séjour à Kinshasa ?
La question est particulière dans une province administrée depuis mai 2021 sous le régime exceptionnel de l’état de siège.
L’ordonnance présidentielle n° 21/016 du 3 mai 2021, portant mesures d’application de l’état de siège, prévoit que l’exécutif provincial est composé d’un gouverneur militaire et d’un vice-gouverneur policier, tous deux nommés par le président de la République.
Le texte suspend les institutions provinciales ordinaires et transfère leurs prérogatives aux autorités désignées dans le cadre de ce régime exceptionnel. Le gouverneur militaire dispose notamment de pouvoirs étendus en matière d’administration, de sécurité et de maintien de l’ordre.
Le directeur de cabinet, en revanche, fait partie des collaborateurs du gouverneur. L’expédition des affaires courantes ne signifie donc pas automatiquement qu’il dispose de l’ensemble des prérogatives attachées à la fonction de gouverneur militaire.
Cette situation avait déjà été soulevée le 12 octobre dernier par le député national Abdallah Pene Mbaka, élu de Mambasa.
Intervenant à l’Assemblée nationale lors des débats sur la prorogation de l’état de siège, l’ancien gouverneur de l’Ituri avait dénoncé l’absence prolongée du vice-gouverneur policier.
« L’Ituri ne voit pas son vice-gouverneur », avait-il déclaré, estimant que cette situation fragilisait la continuité de l’administration provinciale, particulièrement lors des déplacements officiels du gouverneur.
A lire aussi : État de siège en Ituri : Abdallah Pene Mbaka dénonce l’absence de vice-gouverneur et réclame des réformes
Le vice-gouverneur policier Raüs Chalwe Munkutu avait pourtant été nommé par ordonnance présidentielle en avril 2023. Son absence prolongée est signalée depuis plusieurs mois, sans qu’une nouvelle nomination à ce poste ait été publiquement établie.
Un précédent récent montre cependant qu’un intérim militaire a déjà été organisé.
Le 6 octobre 2026, pendant le séjour du gouverneur à Kampala, le Programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation (P-DDRCS) présentait officiellement le général-major Antoine David Mushimba, commandant de la 32e région militaire, comme assurant l’intérim du gouverneur militaire.
Ce précédent montre que le fonctionnement provincial ne s’est pas nécessairement limité à la seule gestion du directeur de cabinet lors des précédentes absences de Gaby Kasongo Mulumba.
Il reste néanmoins à déterminer si un dispositif similaire a été reconduit pour sa nouvelle mission à Kinshasa, et sur quelle base formelle.
L’absence temporaire du gouverneur n’entraîne pas automatiquement une vacance de son poste. Elle pose toutefois la question de l’autorité habilitée à prendre les décisions relevant de ses compétences, notamment celles qui dépassent la simple gestion administrative quotidienne.
Cette interrogation intervient alors que l’Ituri continue de faire face aux attaques des groupes armés, à des déplacements de population et à l’épidémie d’Ebola.
Dans une province où le gouverneur militaire cumule des responsabilités administratives et sécuritaires, la clarification des modalités de son intérim apparaît essentielle pour garantir la continuité de l’action publique.
À ce stade, les informations communiquées sur le voyage du 26 octobre ne précisent pas si un acte officiel a désigné une autorité chargée d’exercer les fonctions du gouverneur durant son absence.
Rédaction
A lire aussi : État de siège : un nouveau vice-gouverneur policier nommé au Nord-Kivu par Tshisekedi

