Les revendications salariales se multiplient parmi les agents engagés dans la riposte contre Ebola en Ituri. Après Rwampara et Nia-Nia, les prestataires congolais du Centre de traitement Ebola (CTE) de Kasenyi menacent à leur tour de suspendre leurs activités pour réclamer quatre mois de primes impayées.
Ces tensions surviennent alors qu’Africa CDC demande des explications sur plus de 700 millions de dollars de financements internationaux dont la traçabilité demeure incomplète.
À Kasenyi, dans la zone de santé de Tchomia, les agents congolais du CTE ont accordé un ultimatum de 48 heures aux autorités pour obtenir le paiement de leurs primes des mois de mai, juin, août et septembre 2026.
Selon les informations publiées samedi 24 octobre, les prestataires ont exprimé leurs revendications dans un mémorandum lu devant le centre de traitement.
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Ils dénoncent quatre mois d’arriérés et affirment continuer à travailler dans des conditions difficiles, malgré leur exposition aux risques liés à la prise en charge des malades d’Ebola.
Les agents congolais dénoncent ainsi ce qu’ils considèrent comme une inégalité de traitement entre prestataires intervenant dans une même structure sanitaire.
Cette différence de rémunération alléguée n’a toutefois pas encore été confirmée auprès des responsables du centre ou des organisations chargées du paiement.
En l’absence de règlement dans le délai annoncé, les protestataires menacent de cesser leurs activités. Une telle décision pourrait perturber la prise en charge des patients, dans une province qui demeure l’épicentre de la 17ᵉ épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo.
Cette nouvelle alerte s’ajoute à plusieurs mouvements similaires déjà documentés par Buniaactualite.cd.
Le 20 octobre, des prestataires de la zone de santé de Rwampara avaient adressé un mémorandum au gouvernorat de l’Ituri et aux autorités sanitaires, dénonçant 77 jours de travail sans paiement de leurs primes ni de leurs frais de communication.
Ils avaient également menacé de suspendre leurs activités sous 48 heures.
Cette contestation intervenait trois mois après une première grève observée le 13 juillet au Centre de traitement Ebola de Rwampara, à la suite de laquelle les responsables de la riposte avaient annoncé des mesures de régularisation.
À Rwampara, les revendications concernent aussi la transparence des listes de paie. Des agents ont évoqué la présence présumée de bénéficiaires fictifs et demandé une commission mixte de vérification. Ces accusations restent à établir.
La situation est également préoccupante à Nia-Nia, dans le territoire de Mambasa. Depuis le 22 octobre, des agents des piliers Surveillance, Communication des risques et engagement communautaire (CREC), ainsi que Prévention et contrôle des infections (PCI), observent un mouvement de grève illimitée pour réclamer leurs primes d’août et septembre.
La répétition de ces mouvements dans plusieurs zones de santé soulève des interrogations sur les mécanismes de rémunération et de coordination de la riposte.
Ces difficultés surviennent dans un contexte de controverse nationale concernant la traçabilité des financements mobilisés contre Ebola.
Le 14 octobre, le directeur général d’Africa CDC, le docteur Jean Kaseya, avait révélé que les bailleurs internationaux déclaraient avoir décaissé environ 962 millions de dollars en faveur des organisations engagées dans la riposte, alors qu’une première vérification n’avait permis de retracer qu’un peu plus de 200 millions.
Plus de 700 millions de dollars demeuraient ainsi insuffisamment documentés, selon l’institution panafricaine.
Dans une mise au point faite le 19 octobre, le directeur général de l’Institut national de santé publique (INSP), le professeur Dieudonné Mwamba Kazadi, a indiqué qu’une trentaine de partenaires avaient communiqué leurs informations financières.
Selon lui, un peu plus de 200 millions de dollars avaient été effectivement reçus par les organisations ayant présenté leurs données. Sur cette somme, un peu plus de 100 millions auraient déjà été dépensés et environ 100 millions resteraient disponibles.
L’INSP a annoncé le renforcement des mécanismes de déclaration et de suivi des financements afin d’obtenir davantage de précisions sur les montants reçus et utilisés par les différents partenaires.
Il convient toutefois de distinguer l’insuffisance de traçabilité des financements et un éventuel détournement. Les montants non encore documentés ne constituent pas, en eux-mêmes, des fonds volés ou disparus.
De même, aucun élément disponible ne démontre que les arriérés dénoncés à Kasenyi et Rwampara résultent directement de cette situation financière nationale.
Les difficultés répétées des prestataires posent néanmoins une question de gestion. Comment assurer la continuité des interventions sanitaires lorsque plusieurs équipes de première ligne dénoncent des retards de paiement, alors que d’importantes ressources sont annoncées pour combattre l’épidémie ?
Les autorités sanitaires avaient déjà reconnu, en juillet, des difficultés administratives et des divergences concernant les barèmes de rémunération, annonçant notamment une digitalisation progressive des paiements.
Trois mois plus tard, les nouvelles revendications montrent que des problèmes persistent dans plusieurs structures, sans que leur origine exacte soit entièrement établie.
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À Kasenyi, les informations disponibles ne précisent pas quelle institution ou organisation est contractuellement responsable du règlement des primes réclamées. Aucune réaction officielle aux nouvelles revendications n’a été rapportée au moment de la publication de l’alerte.
La succession de menaces de grève et d’arrêts de travail fait désormais peser un risque sur la continuité de certaines activités essentielles, notamment la surveillance épidémiologique, la sensibilisation communautaire et la prise en charge des malades.
Au-delà de la controverse sur les centaines de millions de dollars, l’urgence immédiate concerne les équipes de terrain. Leur maintien en activité, la régularisation des paiements et la clarification des responsabilités financières constituent des enjeux importants pour éviter que les différends administratifs n’affaiblissent davantage la riposte contre Ebola en Ituri.
La rédaction

