Au moins 11 civils, dont plusieurs personnes déplacées, auraient été tués dans la nuit du jeudi 8 au vendredi 9 octobre 2026 lors d’une attaque dans la localité de Mazé, en chefferie des Bahema Nord, territoire de Djugu, dans la province de l’Ituri.
L’attaque est attribuée aux miliciens de l’URDPC/CODECO par des responsables communautaires et un député provincial. Ce nouveau drame intervient dans un contexte de recrudescence des violences armées et ravive les préoccupations concernant la protection des personnes déplacées, particulièrement celles contraintes de sortir de leurs sites pour chercher de la nourriture.
Selon les premières informations recueillies auprès de responsables locaux, les victimes auraient été attaquées alors qu’elles se rendaient à la recherche de vivres. Certaines auraient été tuées à l’arme blanche, tandis que d’autres auraient été atteintes par des tirs.
Le bilan provisoire fait état d’au moins 11 morts. Il n’a pas encore été confirmé de manière indépendante par les autorités militaires ou sanitaires.
Maître Jean-Claude Ngadjole, président du directoire national de l’association culturelle ENTE, qui regroupe des membres de la communauté Hema, affirme que la majorité des victimes étaient des personnes déplacées.
Il condamne cette attaque qu’il attribue à la milice CODECO et déplore une nouvelle détérioration de la situation sécuritaire dans le territoire de Djugu.
Une attaque qui ravive les tensions après une période d’accalmie
Pour Jean-Claude Ngadjole, les violences signalées à Mazé risquent de compromettre les efforts de rapprochement communautaire entrepris au cours des derniers mois.
Il estime que le territoire de Djugu avait connu une accalmie relative grâce à différentes initiatives de paix, avant la reprise récente des affrontements et des attaques contre les civils.
« Cette énième recrudescence […] replonge de nouveau le territoire de Djugu dans une insécurité et une incertitude totale de vivre ensemble, alors qu’un grand effort était fourni par les communautés et a conduit à une accalmie précaire de plus d’une année », a-t-il déclaré.
Le responsable communautaire rappelle que la CODECO figure parmi les groupes armés ayant pris des engagements de cessation des hostilités dans le cadre des initiatives de paix organisées à Aru.
Il considère que la poursuite des violences contre les populations civiles remet en cause ces engagements.
« Nous condamnons avec la toute dernière énergie ces massacres de 11 personnes […] dont des vieillards et des femmes », a-t-il poursuivi.
Jean-Claude Ngadjole appelle les membres de la CODECO à renoncer aux violences et à intégrer le Programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation (P-DDRCS).
« CODECO, déposez sans délai les armes et sans condition aucune, et rejoignez le P-DDRCS. Vous n’êtes pas là pour tuer de paisibles populations », a-t-il insisté.
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Le député Floribert Byaruhanga interpelle le gouvernement et les FARDC
Cette nouvelle attaque a également suscité la réaction de Floribert Byaruhanga Semire, député provincial élu du territoire de Djugu.
L’élu condamne les violences et demande aux autorités militaires de prendre des mesures pour empêcher de nouvelles attaques contre les civils.
Il estime que les engagements de paix pris par les groupes armés doivent être suivis d’actes concrets.
« L’on nous signale plus de 11 personnes lâchement abattues à la machette et par des armes à feu par des miliciens […] pourtant signataires même des accords d’Aru 1 et Aru 2 », a-t-il déclaré.
Le député dénonce ce qu’il considère comme la persistance des violations des engagements de cessation des hostilités.
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Il appelle le gouvernement central, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et l’administration militaire provinciale à renforcer la protection des populations.
Floribert Byaruhanga estime notamment que les autorités doivent adopter une réponse sécuritaire cohérente face aux différents groupes armés actifs dans le territoire de Djugu.
Il évoque les opérations militaires menées contre la Convention pour la révolution populaire (CRP), mouvement armé associé à Thomas Lubanga, et demande que les violences attribuées à la CODECO fassent également l’objet d’une réponse ferme.
« Nous ne voulons pas deux poids, deux mesures », a-t-il affirmé.
L’élu plaide pour des opérations de sécurisation plus importantes si les engagements de paix ne sont pas respectés, tout en invitant les détenteurs illégaux d’armes à rejoindre le processus de désarmement.
« Nous demandons à tous les détenteurs illégaux d’armes de déposer les armes afin d’adhérer au processus de paix et au P-DDRCS », a-t-il ajouté.
Des sites de déplacés exposés à de nouvelles menaces
Au-delà de l’attaque de Mazé, des défenseurs des droits humains alertent sur la dégradation de la sécurité autour de plusieurs sites accueillant des personnes déplacées dans le territoire de Djugu.
Dhembu Ngabu François, moniteur des droits humains et coordonnateur du Bureau d’information et de défense des droits de l’homme de Djugu, affirme que les sites de Rhoo, Djangi et Largu sont confrontés à des menaces attribuées aux miliciens de la CODECO.
Selon lui, les personnes déplacées qui quittent temporairement ces sites pour chercher de la nourriture s’exposent à des risques d’attaque ou d’enlèvement.
Cette situation constitue une préoccupation majeure pour des ménages qui dépendent des déplacements à l’extérieur des sites pour accéder à certaines ressources indispensables à leur survie.
Le défenseur des droits humains rapporte également des attaques contre le site de Rhoo depuis le 26 septembre 2026.
Il évoque des tirs, des incendies d’abris et des pillages, avec un bilan cumulé de quatre morts et sept blessés parmi les personnes déplacées.
Ces chiffres concernent les incidents signalés à Rhoo et sont distincts du bilan provisoire de l’attaque de Mazé.
Ils n’ont pas pu être vérifiés indépendamment au moment de la rédaction.
Cinq organisations humanitaires auraient suspendu leurs activités
La détérioration de la situation sécuritaire aurait également des conséquences sur l’assistance humanitaire.
D’après Dhembu Ngabu François, cinq organisations humanitaires ont suspendu leurs interventions sur le terrain en raison de l’insécurité.
Il n’a pas précisé les noms des structures concernées ni la durée de cette suspension.
Le défenseur des droits humains demande leur retour afin de renforcer l’assistance aux populations déplacées, dont les besoins demeurent importants.
L’interruption des activités humanitaires, lorsqu’elle se prolonge, risque d’aggraver les difficultés d’accès à la nourriture, aux soins de santé et aux autres services essentiels.
Dans une région marquée par des déplacements répétés de populations, les menaces sécuritaires compliquent également les déplacements des équipes humanitaires et la continuité des interventions.
Le retour des déplacés dans leurs villages suscite des interrogations
Ces violences surviennent alors que les autorités provinciales encouragent le retour des personnes déplacées dans leurs milieux d’origine.
Pour les défenseurs des droits humains, cette perspective doit être accompagnée de garanties suffisantes en matière de sécurité et de conditions de vie.
Dhembu Ngabu François interpelle particulièrement les autorités sur les initiatives de désengorgement des sites de déplacés, notamment ceux de Kigonze et de l’ISP Bunia.
Il estime qu’un déplacement des familles vers d’autres zones, sans garanties de sécurité ni moyens de subsistance, pourrait les exposer à de nouvelles difficultés.
Son organisation recommande d’abord le rétablissement durable de la sécurité dans les villages d’origine, afin de permettre aux familles de rentrer dans des conditions acceptables.
Elle demande ensuite au gouvernement de mobiliser des ressources pour accompagner les retours, notamment à travers l’accès aux biens de première nécessité et la reconstitution des moyens d’existence.
Ces préoccupations mettent en évidence la complexité du retour des déplacés dans un territoire où les violences armées persistent.
Un retour durable suppose non seulement une amélioration de la sécurité, mais aussi des conditions permettant aux familles de retrouver un logement, des moyens de subsistance et un accès aux services essentiels.
Il doit également reposer sur une décision volontaire et éclairée des personnes concernées, dans des conditions de sécurité et de dignité.
Une nouvelle escalade dans un territoire fragilisé
L’attaque de Mazé intervient après plus d’une semaine d’affrontements signalés entre des éléments de la CODECO et ceux de la CRP dans certaines parties du territoire de Djugu.
Cette confrontation entre groupes armés fait craindre une aggravation des risques pour les populations civiles, déjà affectées par des années de violences et de déplacements.
Les accusations visant la CODECO dans l’attaque de Mazé proviennent, à ce stade, des responsables communautaires et politiques interrogés. Les circonstances exactes de l’attaque et l’identité de ses auteurs restent à établir.
Les nouvelles violences soulèvent surtout une question urgente. Comment assurer la protection des personnes déplacées lorsque les sites d’accueil et leurs environs demeurent exposés à l’insécurité ?
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Alors que les initiatives de paix et de désarmement se poursuivent en Ituri, les appels se multiplient pour que les engagements pris par les groupes armés se traduisent par une cessation effective des attaques contre les civils.
Pour les familles déplacées, la perspective d’un retour dans leurs villages reste étroitement liée au rétablissement d’une sécurité durable.
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