Un rapport préliminaire de la Commission ad hoc sur le secteur minier de l’Ituri, transmis à la hiérarchie nationale par la Division provinciale des Mines et Géologie, relance le débat sur le niveau de contrôle exercé par l’administration publique sur les zones minières de cette province confrontée à l’activisme de plusieurs groupes armés.
La correspondance de transmission, signée par le chef de Division ad intérim des Mines et Géologie de l’Ituri, Félix Abedi Bin Amuri, est adressée au Secrétaire général aux Mines, avec transmission pour information au ministre des Mines et au Directeur chef de service des Mines.
Le document porte sur les travaux d’une commission ad hoc chargée notamment de clarifier « la situation administrative, technique et sécuritaire des exploitations minières » de l’Ituri, d’identifier les irrégularités et de proposer des recommandations pour la gouvernance du secteur.
Selon la lettre de transmission consultée par Buniaactualite.cd, le rapport établit notamment un état des lieux des sites miniers, leur situation cartographique, le statut juridique des opérateurs ainsi que la situation fiscale et parafiscale des entreprises et coopératives minières.
Mais certains éléments concernant la situation sécuritaire et l’accessibilité des zones minières suscitent désormais des réactions politiques en Ituri.
Isaac Lebisabo interpelle la Division des Mines
Le député provincial Isaac Lebisabo estime que les constats contenus dans le rapport posent la question de l’étendue réelle du contrôle de l’administration minière sur la province.
L’élu relève ce qu’il considère comme une contradiction entre, d’une part, les déclarations laissant entendre que le secteur minier serait sous contrôle administratif et, d’autre part, les difficultés d’accès à certaines zones affectées par la présence de groupes armés rapportées dans le document.
« Comment peut-on affirmer publiquement contrôler l’ensemble du secteur minier de l’Ituri alors que, dans un rapport officiel transmis à la hiérarchie, on reconnaît ne pas avoir accès à une partie importante de ce même secteur ? », s’interroge Isaac Lebisabo dans une mise au point consultée par Buniaactualite.cd.
Pour le député provincial, le débat devrait porter sur la réalité opérationnelle du contrôle exercé par les services de l’État.
« Si le contrôle n’est pas effectif dans certaines zones, il faut avoir le courage de le reconnaître. Et si le contrôle est réellement effectif, alors il faudrait expliquer pourquoi un rapport officiel transmis aux autorités nationales fait état de zones qui échappent au contrôle des services des Mines », poursuit-il.
La situation de Mongbwalu également au centre des réactions
Bruno Akilisende, acteur politique en Ituri, s’est pour sa part intéressé à la situation de Mongbwalu et de ses environs.
Il demande au gouverneur militaire de l’Ituri d’obtenir des explications des autorités locales et militaires sur la situation sécuritaire dans cette importante zone aurifère.
Ses déclarations doivent toutefois être distinguées des conclusions formelles du rapport : l’existence d’activités ou d’une influence de groupes armés dans des zones minières autour de Mongbwalu ne signifie pas nécessairement que l’ensemble de la commune et de son administration est placé sous leur contrôle.
Des constats déjà documentés par les experts de l’ONU
Les difficultés de l’administration congolaise à contrôler certaines zones minières de l’Ituri ne sont cependant pas nouvelles.
Dans son rapport S/2025/446, le Groupe d’experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo indiquait que presque tous les sites miniers examinés dans les territoires de Djugu et Mahagi étaient sous le contrôle de la CODECO ou du groupe Zaïre. Les experts rapportaient également que ces groupes imposaient des taxes et des paiements aux barrières et empêchaient les agents de l’administration minière d’accéder aux sites sous leur contrôle.
Le même rapport identifiait notamment le complexe aurifère de Mongbwalu-Nzebi parmi les zones sous influence de la CODECO/URDPC.
Un rapport antérieur du Groupe d’experts, S/2024/969, relevait déjà que les autorités minières attribuaient notamment les écarts entre les statistiques officielles et la production enregistrée aux difficultés d’accès aux sites contrôlés par les groupes armés.
Ces constats montrent que la problématique dépasse la controverse actuelle entre responsables politiques et administration minière.
La recherche scientifique relève également les limites du contrôle
Une étude scientifique publiée en juin 2026 par David Ramazani Kisembo, Mohamed Moussa et Nathan Byaruhanga Mugisa sur l’effectivité des mécanismes juridiques de traçabilité de l’or sous l’état de siège en Ituri aboutit à des constats similaires.
La recherche met notamment en évidence un écart entre le dispositif juridique existant et son application effective, ainsi que la persistance des circuits informels de commercialisation de l’or, les insuffisances du contrôle administratif et les difficultés de vérification de l’origine de la production aurifère. Elle identifie également l’insécurité, l’influence des groupes armés et la contrebande parmi les facteurs limitant l’efficacité de la traçabilité.
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Une autre étude publiée en 2026 et consacrée spécifiquement à la gouvernance minière artisanale dans le territoire de Djugu relève également une forte influence des groupes armés sur le secteur et des difficultés persistantes dans l’application des règles encadrant l’exploitation artisanale de l’or.
Ces différents constats convergent ainsi vers une problématique plus large : l’existence administrative des services miniers dans une province ne signifie pas nécessairement qu’ils disposent d’un contrôle opérationnel permanent sur l’ensemble des sites d’exploitation.
La controverse provoquée par le rapport de la Commission ad hoc remet donc au centre du débat la capacité effective de l’État à accéder aux zones de production, contrôler les exploitants, connaître les volumes réellement produits, assurer la traçabilité de l’or et empêcher que les ressources minières alimentent les économies des groupes armés.
Au-delà des réactions politiques, les conclusions définitives de la Commission ad hoc et les réponses de la Division provinciale des Mines seront déterminantes pour établir l’étendue exacte des zones actuellement accessibles aux services de l’État et celles où leur capacité de contrôle demeure limitée.
Rédaction

