La nouvelle de la mort de Dratchu Balufuga, dimanche 6 septembre 2026 à Akanitsonga, dans la région de Berunda, a suscité de nombreuses réactions en Ituri. Notable de Djugu, ancien photographe itinérant et, ces dernières années, voix régulièrement entendue dans les médias sur la situation sécuritaire, il laisse des souvenirs qui traversent plusieurs générations.
Sur les plateformes numériques de Buniaactualite.cd, les témoignages publiés après l’annonce de son décès dessinent progressivement le portrait d’un homme dont le parcours semble étroitement lié à une partie de la mémoire sociale et photographique du territoire de Djugu.
Pour les plus anciens, Dratchu Balufuga était d’abord le photographe qui parcourait les villages à une époque où posséder un appareil photographique ou accéder facilement à ce service était loin d’être courant.
Frank Bonga se souvient notamment de l’avoir vu circuler à vélo dans les années 1980 et au début des années 1990.
« Je me souviens de lui sur son vélo dans les années 80 et début 90. Il parcourait des distances, villages après villages pour photographier », témoigne-t-il.
Selon ce même souvenir, le photographe faisait même annoncer son itinéraire à Radio CANDIP afin que les habitants sachent à quel moment il passerait dans leurs localités.
Un détail également évoqué par Jean-Pierre Kabagambe : « Il donnait même le calendrier de son voyage à la Radio CANDIP. »
David Zawadi garde le même souvenir : « À l’époque, on passait le communiqué de son passage sur la Radio CANDIP. »
Des photos devenues archives familiales
Plusieurs réactions montrent surtout que les clichés réalisés par Dratchu Balufuga constituent aujourd’hui des souvenirs familiaux pour des habitants de Djugu.
« Grâce à lui aujourd’hui je vois mes photos d’enfance et de mes parents, grands-parents », écrit Topographe Aimé.
Jean Claude Ngona se souvient, lui, de Dratchu Balufuga à travers sa propre famille : « Je garde un bon souvenir de ce papa à travers ma mère biologique qu’il a photographiée dans les années 90. »
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Charité Tinkamanyire Maki évoque également une époque où les photographies d’identité étaient encore réalisées en noir et blanc.
« À notre époque, il était le seul à prendre la photo passeport et c’était en noir-blanc. C’est l’un de gros souvenirs que je garde de lui », témoigne-t-elle.
D’autres internautes se rappellent sa présence lors de cérémonies et de manifestations religieuses.
« Le plus grand photographe de notre époque à Djugu, toutes les manifestations de toutes les paroisses catholiques, toujours présent », écrit Charleshebietti Hebietti.
Richard Kiete se rappelle également de sa proximité avec l’Église catholique, mais sous un autre registre. Selon lui, Dratchu Balufuga y jouait aussi d’un instrument de musique.
Pris ensemble, ces témoignages racontent une époque où le photographe itinérant n’était pas simplement celui qui prenait une image : il se déplaçait jusqu’aux communautés et contribuait, photographie après photographie, à constituer des archives familiales dont certaines subsistent plusieurs décennies plus tard.
De la photographie à une voix familière sur l’actualité de Djugu
Une autre génération connaissait davantage Dratchu Balufuga pour ses interventions sur la situation sécuritaire dans le territoire de Djugu.
Sa façon de s’exprimer en swahili avait fini par devenir particulièrement reconnaissable auprès d’une partie du public.
Plusieurs internautes associent notamment sa voix à l’expression « hali ya zarura », utilisée en swahili en référence à l’état de siège.
« Le premier à appeler “ÉTAT DE SIÈGE 👉🏾 HALI YA ZARURA” », se souvient Japhet Japhet Thuambe.
Augustin Kabisabo retient également sa maîtrise de la langue : « Je garde son bon souvenir de bien articuler le swahili bora. »
Pour Arnold Sezabo, c’est précisément cette manière de parler qui restera dans les mémoires : « Le plus beau swahiliphone vraiment ! Je suis vraiment attristé d’apprendre la nouvelle de ta mort. »
Kpagbo Ngodonza Augustave Bishop évoque, lui aussi, cette voix devenue familière : « Cette voix va me manquer mais aussi son style de s’exprimer pleinement. »
Vincent Avuka retient davantage le contenu de ses interventions. Selon lui, Dratchu Balufuga relayait des informations pendant les périodes de conflits armés dans le territoire de Djugu.
Cette dimension de son parcours avait ainsi donné une nouvelle visibilité à celui que les générations précédentes connaissaient principalement derrière son appareil photographique.
De nombreux messages de condoléances
Depuis l’annonce de sa disparition, les messages de condoléances se multiplient.
« Un défenseur des opprimés », écrit Moïse Asimwe Bahemuka.
« Vraiment condoléances à nous de l’Ituri en général et particulièrement à Djugu », réagit Guy-robert Dhena.
D’autres internautes, notamment D’arc Lonepi Mugisa, Sam Buju, Eric Ndjedhadjo, Charles Ndruwinga, Brigitte Nyakato et Upio Vwaweka Vwf Gilbert, ont également exprimé leur tristesse et souhaité le repos éternel au défunt.
Ces témoignages, au-delà de l’émotion suscitée par sa disparition, mettent en lumière deux périodes de la vie publique de Dratchu Balufuga : celle du photographe itinérant qui a fixé sur pellicule des visages et des moments de vie à Djugu, puis celle d’un notable dont la voix en swahili accompagnait régulièrement l’actualité d’un territoire profondément marqué par les conflits.
Selon les informations recueillies après son décès, son corps se trouvait encore au domicile familial dans l’attente des dispositions relatives à son inhumation, notamment les mesures sanitaires recommandées dans le contexte actuel.
Avec sa disparition, certaines familles perdent celui qui les avait photographiées il y a plusieurs décennies. Djugu perd aussi une voix devenue familière.
Mais dans les albums familiaux conservés à travers le territoire, une partie du travail de Dratchu Balufuga continuera probablement à raconter son passage.
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