Ce 30 juin 2026, la République démocratique du Congo célèbre le 66e anniversaire de son accession à l’indépendance. Une date symbolique qui, partout dans le pays, rappelle les idéaux de liberté, de souveraineté et de dignité pour lesquels plusieurs générations se sont battues.
Mais en Ituri, cette commémoration résonne différemment.
Ici, depuis près de neuf ans, des milliers de familles vivent au rythme des massacres, des déplacements forcés, des pillages et d’une insécurité persistante. Des villages entiers ont été vidés de leurs habitants. Des familles ont été décimées. Des milliers de déplacés survivent dans des camps, dans des conditions souvent précaires et inhumaines.
Au moment où le pays célèbre son indépendance, une question s’impose : que signifie réellement cette liberté pour les populations qui vivent quotidiennement sous la menace des armes ?
Cette date pourrait pourtant être l’occasion d’un sursaut collectif.
Et si ce 30 juin réveillait enfin l’engagement réel des autorités politico-administratives et militaires à restaurer durablement la paix en Ituri ?
Et s’il rappelait à ceux qui détiennent illégalement des armes qu’aucune revendication ne justifie éternellement la violence contre des civils innocents ?
Et s’il poussait chaque Iturien à réapprendre les valeurs fondamentales du pardon, du vivre-ensemble et de la coexistence pacifique ?
Autant de questions qui devraient interpeller les consciences face à une guerre qui dure depuis trop longtemps.
Cinq ans d’état de siège, mais des attentes toujours immenses
Depuis mai 2021, l’Ituri vit sous le régime exceptionnel de l’État de siège en République démocratique du Congo.
L’objectif affiché était clair : restaurer la sécurité, neutraliser les groupes armés et permettre le retour progressif à la stabilité.
Cinq ans plus tard, les attentes demeurent immenses et les résultats continuent d’alimenter le débat.
Beaucoup s’interrogent :
À quand la fin des massacres et des tueries répétées ?
À quand le retour sécurisé des déplacés et réfugiés dans leurs villages d’origine ?
À quand la fin des violences faites aux femmes dans les champs et sur les axes routiers ?
À quand la disparition des tensions communautaires qui continuent d’alimenter la haine ?
À quand des opérations militaires suffisamment structurées pour neutraliser durablement les groupes armés ?
À quand un état de siège produisant les résultats espérés par les populations ?
Un nouveau gouverneur, un nouvel espoir ?
L’arrivée à la tête de la province du général-major Gaby Kasongo Mulumba ouvre une nouvelle séquence politique et sécuritaire.
Une partie de l’opinion espère désormais un changement de méthode et une nouvelle dynamique sur le terrain.
Le message qui monte des populations reste clair : l’Ituri veut tourner la page.
Assez des attaques attribuées à CODECO contre plusieurs communautés dans les territoires de Djugu et Mahagi.
Assez de l’activisme de la Convention pour la Révolution Populaire dans certaines zones de Djugu.
Assez des massacres perpétrés par les Allied Democratic Forces contre les populations civiles en territoires d’Irumu et de Mambasa.
Assez de la multiplication des groupes d’autodéfense qui entretiennent parfois davantage de confusion sécuritaire.
Assez des groupes se réclamant des Wazalendo sans cadre clair de responsabilité.
Le cri silencieux des déplacés
Derrière les statistiques et les communiqués officiels, il y a des populations qui ne demandent qu’une chose : vivre normalement.
Pouvoir retourner cultiver à Blukwa, Drodro, Fataki ou Katoto sans craindre d’être attaqué.
Pouvoir circuler librement à Iga-Barrière, Lopa, Jina, Nyamamba ou Bule sans vivre sous la menace permanente des groupes armés.
Pouvoir voir des localités comme Kobu, Nyangarayi, Lipri, Rethy, Kpadroma ou Mungbwalu retrouver une stabilité durable.
Pouvoir mettre fin à l’activisme des groupes armés présents à Boga, Tchabi, Komanda, Walese-Vonkutu ou encore dans plusieurs zones de Mambasa.
Pouvoir restaurer l’autorité de l’État dans le sud d’Irumu où persistent encore différents groupes armés locaux.
Il est temps
L’Ituri n’a pas besoin uniquement de discours.
Elle attend des résultats.
À 66 ans d’indépendance de la RDC, les populations veulent enfin voir une paix concrète, durable et irréversible.
Car l’indépendance n’a de sens que lorsque les citoyens vivent libres, en sécurité et dans la dignité.
Pour l’Ituri, le message est simple :
Assez de la guerre.
Assez des massacres.
Assez des déplacements.
Assez des promesses sans résultats.
Il est temps.
Il est plus que temps.
Marcus Jean Loika

