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    Le 6 mai 2024, l’état de siège soufflait sa troisième bougie. Trois années qui n’ont pas suffi à mettre fin au conflit en Ituri, aux affrontements entre groupes armés et aux violences contre les civils, en dépit des « avancées » mises en avant par ses animateurs, avec notamment la signature des accords de paix par des milices locales.

    Dans son rapport « Lorsque les bonnes intentions ne suffisent pas… », Gicnetwork parle d’un « échec » de ce régime spécial. Des hypothèses confirmées notamment par le chiffre du baromètre sécuritaire du Kivu (KST) qui révélait qu’il y a eu « deux fois plus de morts » à la première année de l’état de siège.

    3 ans après, le bilan est encore sombre : 2 144 personnes tuées en Ituri, 246 personnes blessées, 489 kidnappées, 2 217 maisons incendiées. Bilan dressé par Dieudonné Lossa Dhekana, coordonnateur de la société civile Forces vives de l’Ituri qui a toujours demandé « la levée de cette administration militaire » qui, pour le chercheur associé à l’IFRI, Thierry Vircoulon, « n’est qu’un recyclage de mesures strictement militaires qui ont échoué depuis 30 ans ».

    Sans en donner les statistiques contraires, le lieutenant Jules Ngongo, à la fois porte-parole des opérations militaires et communicateur du lieutenant-général Luboya N’kashama, s’apprend sévèrement à Lossa qu’il traite « d’un acabit, caisse de résonance des manipulateurs, des tués… » Il réagissait dans une émission radiodiffusée sur les antennes de la Radio militaire (RTFI).

    La précarité de la situation sécuritaire qui impacte négativement sur l’humanitaire. Lossa comptabilise 57 sites de déplacés reconnus. Au 31 décembre 2023, selon l’OCHA, l’Ituri comptait 1 680 000 déplacés dont les conditions de vie sont « déplorables ».

    La signature des accords par les groupes armés locaux, auteurs de ces tueries aux côtés des groupes armés étrangers, est l’un des points forts de l’État de siège. Un régime réussi « à 60 % », selon ces animateurs. 

    La structure citoyenne salue les travaux d’ashalphaltage de la voirie urbaine de Bunia et de réhabilitation de certaines infrastructures sous état de siège. Évoquant l’avenir de ce régime, la société civile se réfère à la table ronde tenue à Kinshasa en août 2023 où ils avaient demandé « la levée de l’État de siège ».

    Devant la presse, le lieutenant général Luboya N’Kashama, ouvert à l’idée de « partir dès que le Commandant suprême le lui demande », a reconnu, comme certaines opinions, les avancées sur le plan opérationnel. « 60 % de réussite », qui signifie que des efforts restent encore à faire pour rétablir la paix et la sécurité, principale attente de la population dans cette province.

    En attendant, l’opinion est devisée. D’un côté, ceux qui ne jurent que pour le départ de l’état de siège pour revenir au régime normal, celui des civils, de l’autre, ceux qui souhaitent son maintien, même 3 ans après. Cette catégorie met en avant les infrastructures dont l’Ituri s’est doté pendant cette période.

    « Avec l’état de siège, on a su que l’Ituri avait de l’argent pour son propre développement », disait l’un d’eux.

    Jonathan Bavonga

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