Alors que l’Ituri demeure l’épicentre de la 17ᵉ épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, les revendications de primes impayées se multiplient parmi les équipes de riposte. De Rwampara à Nia-Nia, jusqu’au Centre de traitement Ebola de Kasenyi, la question dépasse désormais les rémunérations. Comment maintenir la surveillance des contacts, la prévention des infections et la prise en charge des malades lorsque des agents essentiels menacent de cesser le travail ou ont déjà engagé une grève ?
Les dernières données sanitaires disponibles montrent que la transmission du virus Bundibugyo se poursuit dans plusieurs zones de santé de l’Ituri. Selon les rapports de situation de l’Institut national de santé publique (INSP), la province comptait 6 918 cas confirmés au 17 octobre 2026, contre 7 040 au 20 octobre.
En trois jours, 122 cas supplémentaires ont ainsi été enregistrés. Sur la seule journée du 20 octobre, 37 nouvelles infections ont été notifiées dans la province, qui concentrait alors 72,5 % des cas confirmés du pays.
L’Ituri totalisait également 3 271 décès confirmés et 28 zones de santé touchées sur les 36 que compte la province.
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À l’échelle nationale, le bilan publié le 24 octobre par le ministère de la Communication et des Médias, sur la base des données arrêtées au 22 octobre, faisait état de 9 816 cas confirmés, 4 757 décès et 2 635 guérisons.
Ces chiffres confirment la persistance d’une transmission importante. Ils ne démontrent cependant pas une accélération continue de l’épidémie. Les nouvelles contaminations varient selon les journées et les territoires.
Surtout, la progression observée en Ituri entre les 17 et 20 octobre précède la grève annoncée à Nia-Nia quelques jours plus tard. Elle ne peut donc pas être présentée comme une conséquence de ce mouvement.
La véritable préoccupation est ailleurs. Quelles pourraient être les conséquences d’une réduction des activités sanitaires dans des zones où le virus circule toujours ?
À Nia-Nia, dans le territoire de Mambasa, des prestataires intervenant dans trois composantes de la riposte ont déclaré une grève illimitée, rendue publique les 22 et 23 octobre.
Les agents concernés travaillent dans la surveillance épidémiologique, la communication des risques et l’engagement communautaire, ainsi que la prévention et le contrôle des infections.
Ils réclament le paiement de primes en retard depuis août, après plusieurs démarches auprès de la coordination de la riposte et de ses partenaires.
Dans une déclaration relayée notamment par buniaactualite.cd, leur porte-parole, le docteur Willy Ngeleza, a annoncé la suspension des activités jusqu’au règlement intégral des arriérés.
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Cette situation concerne une zone de santé qui cumulait, au 20 octobre, 334 cas confirmés et 193 décès depuis le début de l’épidémie.
À Rwampara, dans le périmètre sanitaire de Bunia, les difficultés sont également anciennes. Le 20 octobre, un collectif de prestataires de terrain avait accordé 48 heures aux autorités pour régulariser 77 jours de prestations non rémunérées.
Ces agents interviennent notamment dans la surveillance, la mobilisation communautaire et la logistique. Ils dénoncent des retards de paiement affectant également certains relais communautaires.
Ce nouvel ultimatum intervient après un premier arrêt de travail observé en juillet au Centre de traitement Ebola de Rwampara. À l’époque, les autorités de la riposte avaient reconnu des difficultés administratives et des divergences dans les barèmes de rémunération, tout en annonçant des mesures correctives.
Les éléments consultés ne permettent pas de confirmer si l’ultimatum d’octobre à Rwampara a débouché sur une nouvelle cessation effective du travail, ni combien d’agents auraient éventuellement interrompu leurs interventions.
À Kasenyi, dans la zone de santé de Tchomia, les prestataires congolais du Centre de traitement Ebola ont, pour leur part, dénoncé quatre mois de primes impayées.
Selon un média local, qui a rapporté leur mouvement de protestation samedi 24 octobre, ils ont accordé un délai de 48 heures pour obtenir une régularisation, menaçant de suspendre leur travail.
Ils dénoncent également une différence de traitement avec leurs collègues ougandais, qu’ils disent rémunérés régulièrement. Cette comparaison n’a pas encore fait l’objet d’une vérification indépendante auprès des responsables des rémunérations.
À la différence de Nia-Nia, il s’agit donc, à Kasenyi, d’une menace d’arrêt de travail dont la mise à exécution n’était pas confirmée au moment de la publication de l’alerte.
Ces trois situations présentent des degrés différents de perturbation. Les confondre donnerait une image inexacte de l’état réel de la riposte en Ituri.
Ce qui peut être affecté lorsque les équipes se retirent du terrain
Dans une épidémie d’Ebola, les activités de riposte sont étroitement liées. La surveillance permet de repérer les malades suspects et de suivre les personnes exposées au virus. La communication communautaire favorise le signalement des symptômes et le recours rapide aux soins. La prévention et le contrôle des infections protègent notamment les patients et les soignants.
Médecins sans frontières (MSF), dans une analyse publiée le 30 septembre, souligne que la maîtrise de l’épidémie exige la conduite simultanée de plusieurs interventions. Identifier les cas suspects, assurer leur orientation et leur prise en charge, suivre les contacts, prévenir les infections et maintenir la confiance des communautés.
L’affaiblissement d’une de ces activités peut donc compliquer les autres.
Si des équipes de surveillance cessent effectivement leurs visites, certaines personnes ayant été en contact avec des malades risquent de ne pas bénéficier du suivi prévu. Des symptômes peuvent alors être détectés plus tardivement, retardant l’orientation des patients vers des structures de soins.
Une interruption de la sensibilisation peut également réduire la circulation d’informations fiables dans les communautés, particulièrement là où persistent des rumeurs concernant la maladie ou les centres de traitement.
Quant aux activités de prévention et de contrôle des infections, elles contribuent à limiter les risques de transmission dans les structures sanitaires et dans les communautés.
Ces conséquences sont des risques sanitaires connus. Elles ne constituent pas, à ce stade, des dommages déjà mesurés et attribués aux mouvements de grève en Ituri.
Pour établir l’impact réel de ces mouvements, il faudrait disposer des chiffres de terrain. Nombre d’agents absents, visites de contacts annulées, alertes non investiguées, activités communautaires interrompues et éventuelles mesures de remplacement.
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Une surveillance déjà confrontée à des difficultés
Les revendications actuelles surviennent alors que certains indicateurs de surveillance avaient révélé des insuffisances avant même les nouveaux mouvements de protestation.
Dans la zone de santé de Bunia, le rapport de situation du 16 octobre indiquait que seulement 906 des 3 635 contacts attendus avaient été effectivement suivis pendant cette journée, soit 24,9 %.
À l’échelle provinciale, 8 703 contacts avaient été suivis sur 12 447 attendus, soit 69,9 %.
Ces chiffres, déjà rapportés par Buniaactualite.cd, montraient des difficultés à assurer le suivi quotidien de toutes les personnes identifiées comme ayant été exposées au virus.
Ils ne permettent toutefois pas d’attribuer les contacts non suivis aux primes impayées. Les obstacles peuvent également être liés aux déplacements de population, à l’insécurité, aux difficultés d’accès, à l’absence de certaines personnes ou à des problèmes d’organisation.
Un élément plus récent mérite d’ailleurs d’être souligné : selon le bilan national arrêté au 22 octobre, le taux de suivi des contacts atteignait 89,1 %, contre 84,8 % la veille.
Cette amélioration nationale témoigne de la poursuite des activités de surveillance et doit être prise en compte dans l’évaluation de la riposte.
Elle n’efface cependant pas les difficultés constatées précédemment à Bunia, pas plus qu’elle ne permet de connaître les résultats spécifiques obtenus à Nia-Nia après le déclenchement de la grève.
Comparer ces indicateurs impose de distinguer les dates, les zones géographiques et les équipes concernées.
Qui assure la continuité des interventions ?
L’enjeu immédiat porte désormais sur l’organisation des services sanitaires pendant les conflits de rémunération.
À Nia-Nia, les responsables de la riposte ont-ils déployé d’autres agents pour maintenir le suivi des contacts, la sensibilisation et les activités de prévention ? Les structures de santé poursuivent-elles leurs prestations habituelles ? Des tâches prioritaires ont-elles été réorganisées ?
À Rwampara et à Kasenyi, les ultimatums ont-ils été suivis de paiements, de négociations ou de suspensions effectives ?
Ces questions restent sans réponse publique suffisamment documentée dans les informations consultées.
Elles sont pourtant déterminantes pour mesurer la portée des mouvements sociaux. L’annonce d’une grève ne signifie pas automatiquement l’arrêt de toute la riposte dans une zone de santé. Celle-ci mobilise plusieurs catégories de personnel, des institutions publiques et différents partenaires, dont les missions peuvent se poursuivre à des degrés variables.
Les responsabilités financières demandent également des éclaircissements.
Les agents réclament leurs rémunérations, mais les informations actuellement accessibles n’identifient pas, pour chacun des trois sites, l’organisme contractuellement chargé des paiements, les montants effectivement disponibles ou les raisons précises des retards.
Dans le cas de Rwampara, les explications administratives avancées en juillet montrent que des difficultés de gestion avaient déjà été reconnues. Leur persistance appelle un suivi des engagements annoncés, sans permettre de conclure automatiquement à un détournement de fonds.
La question du financement est d’autant plus sensible que la riposte fait parallèlement l’objet d’un débat national sur la traçabilité des ressources mobilisées. Mais aucune preuve disponible ne permet de relier directement les montants financiers non encore documentés aux arriérés signalés dans ces structures.
Pour les équipes de terrain, la régularité des rémunérations contribue à la stabilité des effectifs. Pour les responsables sanitaires, la continuité des services demeure une obligation opérationnelle majeure, indépendamment des discussions administratives en cours.
Ces deux impératifs ne devraient pas être opposés : le règlement des différends avec les prestataires et la protection des populations nécessitent des réponses coordonnées.
Une question de préparation autant que de gestion
La situation actuelle met en évidence une vulnérabilité potentielle de la riposte. Sa dépendance à des équipes dont certaines dénoncent des conditions de rémunération irrégulières.
Alors que l’Ituri continue d’enregistrer de nouveaux cas, l’enjeu ne consiste pas seulement à savoir si les agents reprendront le travail ou si les primes seront payées.
Il consiste également à déterminer si les mécanismes de continuité sont suffisamment préparés pour empêcher qu’un différend administratif ne se transforme en interruption prolongée d’activités sanitaires essentielles.
Les bilans épidémiologiques disponibles établissent la persistance de la transmission. Les déclarations des prestataires établissent l’existence de revendications répétées et d’un mouvement de grève à Nia-Nia. En revanche, le lien direct entre ces interruptions et l’apparition de nouveaux cas reste à démontrer.
Ce sont désormais les données opérationnelles des zones de santé, les réponses de la coordination provinciale et l’évolution des indicateurs dans les prochains jours qui permettront d’apprécier les conséquences réelles de ces perturbations.
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