Face à la persistance de l’épidémie d’Ebola en Ituri, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) renforce la mobilisation des communautés pour compléter les interventions sanitaires. Mardi 20 octobre 2026, à Bunia, l’agence onusienne a réuni des associations féminines, des jeunes et des leaders communautaires autour des défis de la riposte non médicale, notamment la désinformation, les résistances aux équipes sanitaires, la stigmatisation et le manque de confiance des populations.
Organisé à l’hôtel Gold Stars, sous le patronage du gouverneur militaire de l’Ituri, le général-major Gaby Kasongo, cet atelier visait à renforcer la participation des acteurs locaux à la prévention d’Ebola, à identifier les obstacles rencontrés dans les communautés et à définir des actions concrètes pour améliorer l’adhésion aux mesures de santé publique.
L’initiative repose sur une approche complémentaire à la riposte médicale. Si les équipes sanitaires interviennent notamment dans le dépistage, la vaccination, la prise en charge des malades et la surveillance épidémiologique, la riposte non médicale s’intéresse aux facteurs humains, sociaux et communautaires susceptibles d’influencer la propagation de la maladie.
Elle concerne particulièrement la circulation des rumeurs, les croyances, les comportements face aux risques, la stigmatisation des personnes affectées, le dialogue communautaire et les mécanismes permettant aux populations de faire entendre leurs préoccupations.
Prenant la parole à l’ouverture des travaux, Léopold Gnonke, expert international chargé des questions liées à la crise Ebola au PNUD, a rappelé que l’efficacité d’une réponse sanitaire dépend aussi de la relation de confiance entre les populations et les intervenants.
« Une riposte efficace repose aussi sur ce qui se passe dans les familles, les quartiers, les marchés et les lieux de rencontre. La manière dont l’information circule, la manière dont les préoccupations sont entendues et dont la confiance se construit », a-t-il déclaré.

Selon lui, les interventions sanitaires risquent de rencontrer des difficultés lorsque les communautés ne comprennent pas les mesures proposées ou lorsque les populations hésitent à solliciter les services de santé.
« Lorsque des rumeurs persistent, lorsque des familles hésitent à solliciter des services compétents ou lorsque les survivants sont stigmatisés, c’est notre capacité collective à dialoguer et à agir avec les communautés qui est mise à l’épreuve », a souligné le représentant du PNUD.
Dans cette perspective, l’organisation entend faire des associations féminines des partenaires à part entière dans l’identification des préoccupations communautaires et la recherche de solutions adaptées aux réalités locales.
S’adressant directement aux participantes, Léopold Gnonke a insisté sur leur capacité à contribuer à la prise de décision et au suivi des actions engagées.
« Vous êtes des partenaires de décision et d’action. Votre rôle ne se limite pas à transmettre le message. Il consiste aussi à faire entendre les préoccupations des populations, à proposer des solutions et à contribuer au suivi des actions engagées », a-t-il expliqué.
L’expert du PNUD a également rappelé que les activités de mobilisation doivent tenir compte du contexte particulier de l’Ituri, marqué par l’insécurité, les déplacements de populations et les vulnérabilités sociales. L’approche privilégiée doit ainsi favoriser l’inclusion et prévenir les tensions communautaires.
Pour la docteure Gisèle Mbuyi, responsable du pilier surveillance épidémiologique du dispositif de gestion de la 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola, cette implication des femmes constitue un apport indispensable aux efforts déjà engagés par les services sanitaires.
« Le médicament seul ne suffit pas, le vaccin seul ne suffit pas mais il faut aussi des actions qui vont au-delà et qui engagent les communautés et cet engagement passe par les femmes », a-t-elle affirmé.
La responsable sanitaire a salué l’appui technique et financier du PNUD, estimant que cette initiative permet de renforcer les efforts de surveillance à base communautaire.
Elle a particulièrement insisté sur la proximité des associations féminines avec les familles, les quartiers et les villages, où elles peuvent contribuer à identifier les inquiétudes, orienter les personnes vers les services compétents et faciliter l’acceptation des mesures de prévention.
« Chères mamans, vous êtes pour nous les vraies sentinelles de nos quartiers, de nos villages, de nos villes », a-t-elle lancé aux participantes.
Au-delà de la sensibilisation, la docteure Gisèle Mbuyi a exprimé le souhait de voir émerger un mécanisme permanent de dialogue entre les associations féminines, les équipes de surveillance et le PNUD.
Cette collaboration devrait permettre de renforcer la remontée des préoccupations communautaires, de mieux répondre aux rumeurs et de favoriser une participation durable des populations.
La représentante du gouverneur militaire, Claundine Nzeni Mungumirio, conseillère politique, chargée des relations avec les communautés, a pour sa part rappelé la nécessité d’une réponse multisectorielle face à l’épidémie.
Présidant l’ouverture de l’atelier au nom de l’autorité provinciale, elle a appelé les organisations féminines et les leaders communautaires à s’approprier davantage la lutte contre Ebola, en mettant particulièrement l’accent sur la confiance, la prévention et la solidarité.
Trois priorités ont été présentées au nom du gouverneur : renforcer la confiance entre les communautés et les équipes de riposte, lutter contre les rumeurs et la stigmatisation, puis assurer la continuité des actions de proximité.
« Les personnes touchées par la maladie à virus Ebola, les survivants et leurs familles ont besoin de la solidarité, d’un accompagnement conséquent. Elles ne doivent subir ni rejet, ni discrimination », a déclaré Claundine Nzeni Mungumirio.
Cette dimension sociale de la riposte a également occupé une place importante dans les travaux participatifs.
Répartis en groupes, les participants ont analysé plusieurs difficultés observées dans les communautés, avant de proposer des mesures destinées à renforcer l’efficacité des interventions non médicales.
Le premier groupe a identifié sept principales catégories de problèmes. Il s’agit des résistances communautaires, de la propagation des rumeurs, du recours à l’automédication et aux tisanes traditionnelles, de la stigmatisation, des insuffisances alléguées dans certaines prises en charge, des difficultés liées aux opérations d’enterrement digne et sécurisé ainsi que du faible financement des organisations féminines et de jeunesse.

Parmi les perceptions rapportées figurent notamment des rumeurs présentant Ebola comme un « business », une manifestation de sorcellerie ou encore une maladie qui pourrait être traitée exclusivement par des méthodes traditionnelles.
Les participants ont estimé que ces fausses croyances nécessitent des actions de sensibilisation adaptées, conduites avec l’implication des responsables communautaires, des associations féminines, des jeunes et des services de santé.
Ils ont également évoqué la réticence de certaines familles face aux équipes chargées des enterrements dignes et sécurisés (EDS), soulignant l’importance du dialogue et de l’explication des procédures appliquées.
Pour répondre à ces difficultés, le premier groupe a recommandé l’implication immédiate des organisations locales dans la sensibilisation, le renforcement de l’accompagnement psychosocial des personnes affectées et un soutien accru aux structures communautaires engagées dans la riposte.
Les participants ont aussi demandé une meilleure prise en charge des équipes d’EDS et le paiement régulier des intervenants. Ces préoccupations, soulevées au cours des discussions, devront être examinées avec les structures responsables.
Concernant les organisations féminines et de jeunesse, les participants ont insisté sur la nécessité de disposer de moyens suffisants pour assurer une sensibilisation continue au sein des communautés.
Le deuxième groupe s’est particulièrement intéressé à l’identification des zones et des publics nécessitant une mobilisation renforcée.
Plusieurs zones de santé ont été proposées comme prioritaires pour les actions communautaires, notamment Mandima, Rwampara, Nyankunde, Mangala, Mambasa, Tchomia, Kasenyi, Komanda et Lolo.
Les participants ont également recommandé de cibler les écoles, les marchés, les sites de personnes déplacées et certaines communautés vivant dans les zones minières.
Les associations féminines, les organisations de jeunesse, les leaders religieux et communautaires ainsi que les personnes vivant avec un handicap figurent parmi les groupes dont la participation a été jugée importante.
Ces propositions traduisent la volonté des participants d’élargir les mécanismes de sensibilisation et de renforcer l’écoute des catégories de population parfois insuffisamment associées aux interventions sanitaires.
Dans son allocution, Léopold Gnonke avait d’ailleurs souligné la nécessité de traduire les résultats de l’atelier en engagements concrets.
« Pour le PNUD, la réussite de cette journée se mesurera à la qualité des engagements pris et à leur traduction en action réaliste par les communautés », a-t-il insisté dans des propos recueillis par Buniaactualite.cd.
L’organisation accompagne déjà un groupe de dix volontaires communautaires, composé de cinq femmes et de cinq hommes, mobilisés pour entretenir le dialogue de proximité. Selon le représentant du PNUD, cinq d’entre eux participaient à l’atelier, tandis que les autres poursuivaient leurs activités sur le terrain.
L’ambition est désormais de consolider cette dynamique, notamment par une meilleure coordination des associations féminines, l’identification de points focaux et la mise en place de mécanismes de suivi des préoccupations exprimées par les populations.
Les échanges techniques ont également bénéficié de l’accompagnement de la docteure Micheline Chuma, facilitatrice et présidente du pilier surveillance pour la riposte à Ebola au sein de la Division provinciale de la santé de l’Ituri.
Les interventions ont permis de rappeler que la riposte non médicale s’appuie notamment sur les enseignements tirés des précédentes épidémies, particulièrement dans les domaines de la communication, des comportements sociaux, des pratiques funéraires et de l’accompagnement psychosocial.
L’objectif poursuivi est de construire une réponse qui ne soit pas uniquement fondée sur la transmission des consignes, mais aussi sur l’écoute des communautés et leur participation à l’identification des solutions.
À la clôture des travaux, Claundine Nzeni Mungumirio a renouvelé l’appel du gouvernement provincial à une implication active des femmes dans la lutte contre Ebola.
« Nous avons vraiment du travail à faire », a-t-elle insisté, appelant les participantes à commencer la sensibilisation dans leurs propres familles, puis à l’étendre aux voisins et aux différentes couches de la communauté.
Cette mobilisation s’inscrit dans les efforts conjoints des autorités provinciales, des services sanitaires et des partenaires engagés dans la lutte contre Ebola en Ituri.
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Au terme de l’atelier, les recommandations formulées ouvrent la voie à une participation communautaire plus structurée. Leur mise en œuvre devra notamment reposer sur la définition des responsabilités, la mobilisation des moyens nécessaires et le renforcement de la collaboration entre les associations féminines, les leaders communautaires et les services de surveillance.
Pour le PNUD, le défi consiste désormais à prolonger la mobilisation au-delà de cette journée de travail, afin que les femmes et les autres acteurs communautaires puissent contribuer durablement à la prévention, à la lutte contre les rumeurs, à la protection des personnes vulnérables et au rétablissement de la confiance.
Dans une province éprouvée par l’épidémie et l’insécurité, cette approche entend faire des communautés non plus de simples destinataires des messages sanitaires, mais des partenaires actifs de la riposte contre Ebola.
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