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    Près de trois semaines après le lancement de l’étude BRAVO à Bunia, Médecins Sans Frontières (MSF) a présenté, vendredi 9 octobre 2026, un premier bilan de cette recherche destinée à évaluer l’efficacité potentielle du vaccin ERVEBO contre le virus Ebola Bundibugyo. Près de 900 travailleurs de première ligne ont déjà été vaccinés. Mais les opérations connaissent une interruption temporaire liée à des difficultés d’acheminement des doses depuis Kinshasa. L’organisation insiste sur un point essentiel : il ne s’agit pas d’une campagne de vaccination générale et l’efficacité du vaccin contre le virus responsable de l’épidémie actuelle n’est pas encore scientifiquement établie.

    C’est au cours d’un café de presse organisé à son siège de Bunia, dans la province de l’Ituri, que Médecins Sans Frontières a apporté ces précisions. La rencontre a permis aux journalistes d’interroger les responsables de l’étude sur les premiers résultats opérationnels, la sélection des participants, les conditions de vaccination, les doses disponibles et les informations contradictoires circulant autour de cette initiative.

    Des responsables de Médecins Sans Frontières (MSF) présentent aux journalistes le dispositif de l’étude BRAVO lors d’un café de presse organisé vendredi 9 octobre 2026 au siège de l’organisation à Bunia, en Ituri. P© David Ramazani

    Lancée le 19 septembre 2026, BRAVO est une étude prospective conduite par MSF et Epicentre, son centre de recherche en épidémiologie, en collaboration avec le ministère de la Santé publique, l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), Africa CDC et plusieurs partenaires scientifiques.

    Elle intervient dans un contexte particulièrement préoccupant. Selon les données officielles présentées par MSF lors du café de presse, l’épidémie d’Ebola déclarée en mai dernier a déjà provoqué plus de 4 000 décès pour plus de 8 500 cas confirmés, dans sept provinces de la République démocratique du Congo.

    L’organisation estime que l’ampleur réelle de la crise pourrait être supérieure aux chiffres recensés, en raison notamment des difficultés de surveillance et de détection des cas dans certaines zones.

    Près de 900 personnes vaccinées, mais les opérations temporairement interrompues

    Le premier bilan de BRAVO fait état de près de 900 travailleurs de première ligne vaccinés à Bunia depuis le démarrage de l’étude.

    Ce chiffre représente une première étape vers l’objectif de 20 000 participants, mais il reste éloigné de la cible annoncée.

    Interrogés sur cette progression, les responsables de MSF ont expliqué que les vaccinations avaient été temporairement interrompues en raison de difficultés logistiques.

    Un membre de l’équipe de recherche a indiqué que les premières vaccinations avaient été réalisées pendant environ une semaine, avant l’interruption des activités.

    « Depuis une dizaine de jours, on ne vaccine pas », a-t-il expliqué, précisant que les équipes restaient disponibles pour reprendre les opérations dès la réception des doses attendues.

    Selon les responsables présents, cette interruption ne résulte pas d’une indisponibilité générale du vaccin à Kinshasa, mais de difficultés liées à son transport vers les sites de vaccination.

    « Ce n’est pas dû au manque de vaccin au niveau de Kinshasa, c’est l’acheminement seulement », a précisé un autre membre de l’équipe.

    Aucune date précise de reprise n’a été annoncée au cours de la rencontre.

    Cette situation constitue un défi logistique pour une étude dont la phase de vaccination doit s’étendre sur environ trois mois.

    Journalistes et responsables de Médecins Sans Frontières lors de la présentation du contexte et des objectifs de l’étude BRAVO sur la vaccination contre le virus Ebola Bundibugyo, vendredi 9 octobre 2026 à Bunia. P© David Ramazani

    Pourquoi utiliser ERVEBO contre le virus Bundibugyo ?

    L’une des principales interrogations soulevées au cours du café de presse concerne le choix du vaccin ERVEBO.

    Ce vaccin a été développé et homologué pour prévenir la maladie provoquée par le virus Ebola Zaïre, responsable de plusieurs épidémies précédentes en RDC.

    Pourtant, l’épidémie actuelle est provoquée par le virus Bundibugyo, une autre espèce de virus Ebola, contre laquelle aucun vaccin spécifiquement homologué n’est actuellement disponible.

    MSF explique que certaines données scientifiques préliminaires suggèrent la possibilité d’une protection croisée. Autrement dit, un vaccin conçu contre le virus Zaïre pourrait éventuellement offrir une certaine protection contre Bundibugyo.

    Mais cette hypothèse reste à confirmer.

    Dans son communiqué du 19 septembre annonçant le lancement de BRAVO, Guyguy Manangama, médecin épidémiologiste et directeur adjoint des opérations de MSF, avait souligné l’intérêt d’examiner cette possibilité en pleine épidémie.

    « Même une protection partielle pourrait contribuer à réduire les formes graves de la maladie et le nombre de décès. Ces bénéfices potentiels doivent toutefois être démontrés scientifiquement », avait-il déclaré.

    Vendredi, les responsables de l’étude ont insisté sur cette incertitude.

    « Pour le moment, on a des présomptions que c’est efficace, mais on n’a pas la preuve scientifique », a expliqué un membre de l’équipe de recherche.

    Les données recueillies auprès des participants devront être analysées avant de pouvoir déterminer si ERVEBO offre effectivement une protection contre le virus Bundibugyo et, le cas échéant, dans quelle mesure.

    Le fait qu’une personne ait reçu le vaccin ne signifie donc pas qu’elle est nécessairement protégée contre l’épidémie actuelle.

    Une étude scientifique, et non une vaccination destinée à toute la population

    La distinction entre étude et campagne de vaccination a occupé une place importante dans les échanges.

    Selon MSF, plusieurs informations diffusées depuis le lancement de BRAVO ont laissé entendre que la vaccination était ouverte à l’ensemble de la population.

    L’organisation affirme que cette présentation est incorrecte.

    BRAVO concerne exclusivement des travailleurs de première ligne particulièrement exposés au risque de contamination dans le cadre de leurs activités.

    Cette catégorie comprend notamment les médecins, les infirmiers, les ambulanciers, les hygiénistes, les agents chargés de la recherche des contacts, les équipes participant aux enterrements dignes et sécurisés ainsi que les personnels des centres et postes de santé.

    Les professionnels travaillant dans des établissements qui ne prennent pas directement en charge des malades d’Ebola peuvent également être concernés.

    MSF explique que ces structures reçoivent parfois des patients dont le statut infectieux n’est pas encore connu, ce qui peut exposer leur personnel.

    Les 20 000 personnes ciblées ne correspondent donc pas uniquement aux employés de MSF ou aux agents directement affectés aux centres de traitement Ebola.

    Une membre de l’équipe de recherche présente aux journalistes la stratégie et le dispositif opérationnel de l’étude BRAVO, vendredi 9 octobre 2026 au siège de MSF à Bunia. P© David Ramazani

    Il s’agit d’une population de recherche définie selon des critères d’exposition au risque et les besoins scientifiques de l’étude.

    Dans son communiqué initial, MSF avait annoncé une recherche concernant l’Ituri et le Nord-Kivu. Lors du café de presse, ses représentants ont précisé que le déploiement opérationnel se concentrait actuellement sur l’Ituri, tout en évoquant de possibles extensions géographiques.

    Le consentement éclairé au centre de la participation

    L’étude repose sur une participation volontaire. Le Dr Youssouf Kaboré, investigateur du site BRAVO, a détaillé à Buniaactualite.cd les différentes étapes suivies par les personnes intéressées.

    Avant toute inclusion, les candidats reçoivent des explications sur les objectifs de l’étude, le vaccin utilisé, les bénéfices potentiels, les incertitudes scientifiques et les modalités de suivi.

    Un entretien individuel permet ensuite de recueillir leur consentement.

    « Il peut être d’accord pour participer à l’étude, mais ne pas être d’accord pour se faire vacciner », a expliqué le médecin.

    Les personnes qui acceptent de participer signent un document de consentement éclairé. Elles passent ensuite par une phase d’enregistrement et un questionnaire médical destiné à vérifier leur éligibilité et à recueillir les informations nécessaires à la recherche.

    Pour les participants vaccinés, une surveillance immédiate d’environ quinze minutes est prévue après l’administration du produit.

    Les équipes fournissent également des informations sur les réactions qui peuvent survenir après la vaccination, notamment la fièvre, la fatigue ou les douleurs au point d’injection.

    Le consentement demeure un principe fondamental de la recherche : aucun travailleur de première ligne n’est obligé d’intégrer BRAVO ni de recevoir ERVEBO dans ce cadre.

    Vaccinés et non-vaccinés suivis pendant au moins six mois. L’étude ne s’arrête pas à l’administration du vaccin.

    Les participants doivent faire l’objet d’un suivi régulier pendant au moins six mois, avec des contacts mensuels destinés à recueillir des informations sur leur état de santé. L’une des particularités de BRAVO est l’inclusion de personnes vaccinées et de personnes non vaccinées.

    Selon le Dr Youssouf Kaboré, cette démarche permettra de comparer les événements sanitaires observés dans les deux groupes.

    « À la fin, on va maintenant analyser et comparer les deux groupes », a-t-il expliqué.

    Les chercheurs chercheront notamment à savoir si les participants ont développé la maladie, s’ils ont été hospitalisés ou s’ils ont connu d’autres événements de santé pendant la période d’observation.

    Ces données contribueront à évaluer l’efficacité potentielle du vaccin dans les conditions réelles de l’épidémie.

    La durée globale de BRAVO est estimée entre neuf et douze mois, dont environ trois mois pour la vaccination et au moins six mois pour le suivi des participants.

    Les responsables ont insisté sur le fait qu’il serait prématuré de tirer des conclusions sur l’efficacité d’ERVEBO à partir des seules premières semaines de vaccination.

    Les femmes enceintes également concernées sous certaines conditions

    Autre précision apportée lors de l’entretien accordé à Buniaactualite.cd, les travailleuses de première ligne enceintes peuvent, selon les responsables de BRAVO, être éligibles à la vaccination dans le cadre du protocole de recherche.

    Le Dr Youssouf Kaboré a expliqué que leur participation est soumise aux procédures d’information, de consentement et d’évaluation médicale prévues par l’étude.

    « Une femme qui travaille dans un centre de santé, une femme de première ligne, et qui est enceinte, qui veut participer à l’étude et qui veut se faire vacciner, elle peut se faire vacciner », a-t-il précisé.

    Le médecin a ajouté qu’un suivi particulier était prévu pour ces participantes, jusqu’à l’accouchement.

    Cette disposition ne signifie pas que toutes les femmes enceintes sont invitées à recevoir le vaccin. Elle concerne les personnes remplissant les critères du protocole de recherche.

    De même, les responsables de MSF ont précisé que les patients déjà confirmés positifs à Ebola ne sont pas vaccinés dans le cadre de BRAVO, dont l’objectif est d’évaluer une protection préventive chez les travailleurs exposés.

    Il reste néanmoins établi, selon les explications fournies lors du café de presse, que BRAVO constitue un dispositif de recherche distinct des autres interventions vaccinales organisées dans le pays.

    MSF répond aux rumeurs sur la péremption des vaccins

    L’interruption temporaire des vaccinations a également alimenté des interrogations sur la qualité des doses utilisées.

    Des journalistes ont notamment demandé si les vaccins avaient atteint leur date de péremption et si cette situation pouvait expliquer l’arrêt des opérations. Les représentants de MSF ont rejeté cette hypothèse.

    Selon eux, les vaccins utilisés ont été fournis dans le cadre de mécanismes internationaux d’approvisionnement et disposent de dates de péremption valides.

    « Les vaccins qu’on utilise […] ne sont pas du tout périmés », a assuré une représentante de l’organisation.

    MSF a rappelé que la fourniture des doses s’effectue en collaboration avec le ministère de la Santé, notamment à travers le Programme élargi de vaccination (PEV).

    L’organisation attribue les difficultés actuelles à leur acheminement, et non à un problème de péremption.

    Au-delà de cette rumeur, les responsables de BRAVO souhaitent surtout corriger une confusion persistante : la vaccination menée dans le cadre de cette recherche ne constitue pas une campagne ouverte à toute la population.

    Des personnes ne remplissant pas les critères de participation se présenteraient parfois aux sites de vaccination, pensant pouvoir recevoir le vaccin.

    Les équipes doivent alors expliquer les objectifs et les limites de l’étude.

    Pour MSF, les médias ont un rôle important à jouer dans la diffusion d’informations précises sur le protocole, les personnes éligibles et les incertitudes scientifiques.

    Une recherche menée avec plusieurs partenaires de la riposte

    L’étude BRAVO est coordonnée par MSF et le ministère de la Santé, avec l’appui scientifique d’Epicentre et d’autres institutions partenaires.

    Mais sa mise en œuvre nécessite également une collaboration avec les organisations qui assurent la prise en charge des malades dans les centres de traitement Ebola.

    Les responsables de MSF ont notamment cité ALIMA, Samaritan’s Purse et Medair parmi les organisations avec lesquelles leurs équipes travaillent pour atteindre les personnels exposés.

    Cette coopération permet aux équipes chargées de BRAVO d’accéder aux structures sanitaires et d’informer les travailleurs concernés sur les possibilités de participation.

    Les organisations partenaires contribuent ainsi à la mise en œuvre opérationnelle, sans pour autant conduire chacune une étude BRAVO indépendante.

    La recherche s’inscrit dans la réponse nationale à l’épidémie, sous la coordination des autorités sanitaires congolaises.

    Au-delà de BRAVO, une riposte mobilisant plus de 2 800 employés de MSF

    Le café de presse a également permis à Médecins Sans Frontières de présenter l’ampleur de ses interventions contre Ebola.

    Selon les données communiquées le 9 octobre, l’organisation soutient la riposte dans cinq des sept provinces affectées : l’Ituri, le Nord-Kivu, la Tshopo, le Haut-Uélé et le Sud-Ubangi.

    Elle fait état de plus de 2 800 employés mobilisés, de huit centres de traitement Ebola et de nombreuses unités d’isolement, représentant une capacité actuelle d’environ 300 lits.

    MSF indique également avoir enregistré plus de 3 500 admissions dans les structures qu’elle soutient, dont environ 1 600 cas confirmés, ainsi que plus de 580 survivants.

    Ces chiffres concernent les activités appuyées par l’organisation et ne doivent pas être confondus avec le bilan national de l’épidémie.

    L’intervention de MSF comprend notamment la prévention et le contrôle des infections, la fourniture d’équipements de protection individuelle, l’approvisionnement en eau, l’assainissement et la désinfection des structures de santé.

    Ses équipes participent également à la surveillance épidémiologique, à la recherche des contacts, à la gestion des alertes et au renforcement des capacités des laboratoires.

    L’organisation insiste par ailleurs sur l’engagement communautaire, qu’elle considère comme une composante indispensable de la réponse sanitaire.

    Maintenir les soins ordinaires malgré l’épidémie

    Pour MSF, la lutte contre Ebola ne doit pas conduire à négliger les autres besoins médicaux des populations.

    L’épidémie touche des régions déjà confrontées à l’insécurité, aux déplacements de population et aux difficultés structurelles du système de santé.

    Dans ce contexte, l’organisation appelle à maintenir l’accès aux services essentiels, notamment les consultations prénatales, les accouchements, la vaccination de routine, la prise en charge du paludisme et les autres soins courants.

    La continuité de ces services constitue un enjeu important pour les communautés, particulièrement dans les zones où l’accès aux structures sanitaires est déjà difficile.

    Une protection encore à démontrer. À l’issue de ce premier point d’étape, plusieurs questions restent ouvertes : la date de reprise effective des vaccinations, le rythme d’inclusion des participants, la répartition définitive des doses et, surtout, le niveau de protection que pourrait offrir ERVEBO contre le virus Bundibugyo.

    Un responsable de Médecins Sans Frontières (MSF) répond aux questions des journalistes à l’issue du café de presse consacré à l’étude BRAVO, vendredi 9 octobre 2026 à Bunia. P© David Ramazani

    MSF souligne que l’étude doit permettre de produire des données scientifiques fiables avant toute conclusion.

    Dans l’intervalle, les mesures classiques de prévention et de contrôle des infections demeurent indispensables, y compris pour les personnes ayant reçu le vaccin.

    Les équipements de protection, les procédures de soins sécurisées, la détection rapide des cas et la surveillance des contacts restent essentiels pour réduire les risques de transmission.

    BRAVO représente ainsi une démarche de recherche engagée en pleine urgence sanitaire, avec l’espoir de disposer d’un outil supplémentaire contre l’épidémie.

    Mais pour les chercheurs, l’enjeu reste de démontrer scientifiquement ce qui n’est aujourd’hui qu’une possibilité : la capacité d’un vaccin conçu contre Ebola Zaïre à protéger, au moins partiellement, contre le virus Bundibugyo.

    Rédaction

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